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LA CULTURE ENTREPRENEURIALE
ET LE TRAVAILLEUR AUTONOME

Par Paul-A. Fortin
Directeur Gnral
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(Note sur l'auteur : Président-directeur général de la Fondation de l'entrepreneurship pendant de nombreuses années, détenteur d'un doctorat en marketing et management de l'Université Laval, Paul-A. Fortin est un pilier de l'entrepreneurship au Québec. Il a été tour à tour entrepreneur, professeur, fonctionnaire, consultant et auteur. DEVENEZ ENTREPRENEUR, un livre qu'il a écrit en 1986, s'est vendu à plus de 50 000 exemplaires.)

Lorsque l'on parle de culture, on parle d'un concept vague, difficile à cerner dans le temps et à circonscrire dans l'espace. Pourtant, la culture fait toute la différence.

Dans le numéro spécial du journal Les Affaires portant sur le 75e anniversaire, deux articles méritent d'être signalés ici.

En page 101, dans un article signé par Danielle Turgeon, on titre "Lors de la création des HEC en 1907, plusieurs personnes s'insurgeaient parce qu'on allait former des voleurs".

En page 59 du même journal, Pierre Théroux écrit : "par ailleurs, l'Église continue d'avoir un ascendant idéologique important" et il cite Mgr Louis Adolphe Paquet, l'un des plus éminents théologiens du Canada français, qui déclarait en 1902 : "Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées, elle consiste moins à allumer le feu des usines qu'à entretenir et à faire rayonner au loin le foyer de la religion et de la pensée face à la montée de l'industrialisation".

Dans l'histoire du Québec, beaucoup d'autres anecdotes de ce type peuvent être racontées. Bien sûr, vous répondrez qu'il s'agit là de vieilles histoires que tout le monde a oubliées. En êtes-vous si sûr? Pour vous convaincre du contraire, écoutez cette anecdote de lecture qui, je pense, explique bien comment se construit une culture.

"Mettez cinq chimpanzés dans une chambre… Accrochez une banane au plafond et mettez une échelle permettant d'y accéder. Assurez-vous qu'il n'y a pas d'autres moyens d'attraper la banane que d'utiliser l'échelle. Mettez en place un système qui fait tomber de l'eau glacée dans toute la chambre dès qu'on commence à escalader l'échelle. Les chimpanzés apprennent vite qu'il ne faut pas escalader l'échelle.

Arrêtez le système d'eau glacée pour que l'escalade n'ait plus son effet gelé. Maintenant, remplacez l'un des chimpanzés par un nouveau. Ce dernier va chercher à escalader l'échelle. Sans comprendre pourquoi, il se fera tabasser par les autres. Remplacez encore un des vieux chimpanzés par un nouveau. Il se fera encore tabasser. C'est le chimpanzé no 6, le dernier entré, qui tapera le plus fort.

Continuez le processus jusqu'à ce qu'il ne reste que des nouveaux chimpanzés. Aucun ne cherchera à escalader l'échelle. Si, pour une raison ou une autre, l'un deux ose y penser, il se fera massacrer illico presto par les autres. Le pire, c'est qu'aucun des chimpanzés n'a la moindre idée sur le pourquoi de la chose.

C'est ainsi que la culture prend naissance".1 Dans de telles circonstances, vous admettrez qu'il n'est pas facile de saisir la culture et la comprendre.



Vouloir changer la culture d'une société, cela est presque impossible à court terme, à moins d'une crise importante ou d'un effort concerté de plusieurs acteurs importants de la société. C'est ce que je propose dans mon volume sur "La culture entrepreneuriale, un antidote à la pauvreté." 2

Voici ma définition de la culture entrepreneuriale adaptée, je crois, à la situation québécoise : Une forte croyance en dix vérités qui incitent les milieux soucieux de leur survie et de leur développement à prioriser l'entrepreneurship local et à se donner progressivement les moyens d'actualiser ce potentiel.

Les dix vérités
  1. Le développement passe d'abord par des personnes notamment des leaders locaux qui facilitent par leur animation et leurs initiatives l'émergence d'une communauté qui veut s'assumer économiquement. Les structures ou les programmes suivent ensuite.

  2. L'entrepreneur crée l'entreprise. Encore là, celui-ci peut être féminin ou masculin, individuel ou collectif. L'entrepreneur, c'est une personne habile à transformer un rêve, un problème ou une opportunité en une entreprise viable. Dit autrement par une entrepreneure de Madagascar, «c'est un importateur d'angoisses et un exportateur de dynamisme. » L'entrepreneur, c'est un cadeau pour une société.

  3. L'entrepreneur, c'est le fruit de son milieu. Un milieu qui n'aime pas les entrepreneurs et n'en veut pas, a de bonnes chances d'être exaucé. Par ailleurs, si au contraire, on en désire comme dans le sport, il devient alors utile d'établir une complicité entre la famille, l'école, la cité et les entreprises existantes pour développer un terreau fertile, un milieu incubateur d'entrepreneurship, à terme, une véritable culture entrepreneuriale.

  4. On devient entrepreneur, d'où l'importance de la formation et de l'apprentissage. La culture entrepreneuriale peut difficilement se développer dans un milieu sans la contribution de l'école tant au niveau des attitudes et des valeurs, que des connaissances et des compétences. L'école demeure le moyen clé pour découvrir le potentiel entrepreneurial, le soutenir et l'actualiser.

  5. Le potentiel entrepreneurial existe dans nos milieux pour créer les entreprises et les emplois nécessaires. Bien sûr, ce potentiel pour s'épanouir correctement nécessite un milieu favorable à l'entrepreneurship comme on l'a indiqué plus haut. Les études du GEM confirment d'année en année, cette vérité de l'existence de cette capacité d'entreprendre partout sur la planète.

  6. L'entrepreneurship, c'est un outil incontournable pour les gens pauvres qui veulent s'en sortir. On n'est jamais trop pauvre pour entreprendre, c'est juste un peu plus long. Attendre d'être riche pour entreprendre, ça risque de ne jamais arriver. Entreprendre pour devenir riche et éventuellement investir, c'est là la voie que des milliers d'entrepreneurs à succès ont choisie et continuent de choisir.

  7. La créativité des hommes et des femmes est illimitée assurant ainsi des réponses toujours plus innovatrices les unes que les autres pour répondre aux innombrables besoins humains. Il n'y a pas de limites au nombre et à la diversité d'entreprises à créer pour répondre aux besoins humains.

  8. Les besoins humains sont illimités en diversité. Ça n'arrivera jamais qu'il n'y ait plus de besoins à satisfaire. C'est là une excellente nouvelle pour les entrepreneurs.

  9. L'entreprise crée la richesse et l'emploi. Bien sûr, l'entreprise peut être sociale, économique ou culturelle. Elle peut être à but lucratif ou non, coopérative, individuelle ou de groupe.

  10. L'État peut valoriser et soutenir l'entrepreneurship comme il peut le restreindre, voire l'empêcher. L'État peut contribuer à créer un environnement politique, social, culturel qui attire et soutient l'entrepreneur. Il peut également par la mise en place de diverses lois, règlements et mesures, restreindre voire empêcher l'entrepreneurship.
Ces vérités répondent pour l'essentiel aux questions qui touchent la création de richesse et d'emplois et comme conséquence le développement d'une localité ou d'une région. Les croyances en ces vérités sont nécessaires mais non suffisantes. Elles doivent déboucher sur de nouveaux comportements et de l'action. Il faut reconnaître aussi que les résultats ne sont pas instantanés, ce qui rend la tâche plus difficile.

Le comment ?

Les élus locaux ont la légitimité pour assurer directement ou par délégation le leadership de la culture entrepreneuriale dans leur milieu. Déjà, au Québec, plusieurs élus locaux assument des rôles importants en matière de développement économique, alors que d'autres attendent passivement. La démonstration de l'impact de ces deux comportements n'est plus à faire. Si en plus du leadership des élus locaux, on obtient la collaboration des trois acteurs suivants, la réussite devient assurée dans un délai beaucoup plus court :
  • Le concours des médias pour soutenir la cause et valoriser les entrepreneurs
  • L'implication de l'école pour promouvoir les attitudes et les valeurs, transmettre les connaissances et développer les compétences selon les divers niveaux
  • La participation des entrepreneurs pour témoigner de leur vécu et soutenir par divers moyens, dont la commandite, certaines activités de culture entrepreneuriale.
Progressivement, les succès obtenus renforcent les croyances dans le potentiel du milieu et produisent ce qu'on appelle en anglais "l'empowerment". Voilà un mot difficilement traduisible par un seul mot français. "L'empowerment" origine de l'intérieur plutôt que l'inverse. Il fait appel à une certaine autonomie de décision. Il suppose l'accès à certaines ressources et il oblige à une imputabilité appropriée. Appliqué au développement économique local, il suggère que des leaders locaux ayant une certaine légitimité décident d'occuper plus de place en matière de développement économique. Ils décident, avec l'appui de leurs commettants, d'assumer un nouveau rôle forçant au besoin le système externe à s'adapter.

Idéalement, les gouvernements supérieurs peuvent favoriser voire même inciter à "l'empowerment" en assurant d'avance leur volonté de laisser plus de place aux instances locales en matière de développement économique et en soutenant financièrement la formation et la recherche et développement.

Le rôle et la place du travailleur
autonome dans tout cela


Si vous changez le terme "travailleur autonome" par celui "d'entrepreneur individuel", ce qui à mon avis correspond mieux à votre réalité, tout ce qui est dit de l'entrepreneur s'applique à vous.

Comme entrepreneur individuel, vous posez trois actes à la base de l'entrepreneurship :
  • acte d'autonomie par excellence
  • acte de créativité pour survivre et ajouter de la valeur
  • acte de responsabilité pour vous assumer et livrer la marchandise comme convenu.
Si en plus, comme vous le faites aujourd'hui, vous décidez de participer à un réseau, de partager vos préoccupations mais aussi votre expérience et votre savoir-faire, alors vous ajoutez ce quatrième acte de l'entrepreneurship, l'acte de solidarité.

Autonomie, responsabilité, créativité et solidarité, voilà les quatre piliers d'un entrepreneur individuel et pour les fins de notre rencontre, d'un travailleur autonome.

Longue vie à vous, à vos projets et à l'AEDQ qui nous rassemble.

Merci.

Paul-A. Fortin, Directeur Général
Accès Entrepreneur Plus
accesentrepreneur@oricom.ca
Tél. : (418) 835-3519

_________

1 Delavallée, Éric, La culture d'entreprise pour manager autrement, Éditions d'Organisation, 2002.
2 Fortin, Paul-A., La culture entrepreneuriale, un antidote à la pauvreté, Les Éditions Transcontinental inc., Les Éditions de la Fondation de l'entrepreneurship, 2002, 248 pages

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